I am not an alcoholic, I just live in Shanghai

J’ai découvert assez vite que cette devise se révélait exacte, cela peut paraître ridicule mais les habitants de cette ville ont une aversion particulière pour les boissons alcoolisées. Pourquoi ? D’une part on y fait beaucoup la fête, parfois du dimanche au dimanche, au tout début de mes soirées shanghaïenne on allait aux open bar du Sky avec les copains, c’est tout ce dont je me rappelle 🙈. D’autre part, il y a une forme de lassitude avec la vie là-bas, toute personne y vivant à un bar à la maison pour pouvoir se boire un bon petit verre pour oublier après le travail.

Il y a les soirées en club et les soirées au KTV dont les locaux raffolent. En général les KTV sont localisées dans des tours de bureaux, un étage leur est dédiés, on y accède via un ascenseur. Quand vous arrivez au karaoké, vous devez choisir une salle privée en fonction du nombre de personnes et de l’ambiance recherchée; puis vous passez dans la supérette du KTV pour prendre de l’alcool et de la nourriture, une hôtesses vous installe dans votre salle pour que vous puissiez sélectionner les chansons. Il y en a, heureusement, quelques unes en anglais, souvent avec des clips copiés sur MTV ou des clips que vous n’aviez jamais vu pour ces sons, la beauté du piratage. Sur la tablette qui vous sert à sélectionner les chansons, vous pouvez aussi commander de la nourriture et des boissons supplémentaires, la salle se paye à l’heure. Il n’est pas rare d’aller au karaoké avant de sortir ou même après le club 😅.

À l’époque on achetait tous des DVD piratés des derniers films sortis au cinéma, en fait, je n’ai sincèrement jamais compris comment acheter des DVD non piratés là-bas, je sais que ce n’est plus vrai aujourd’hui, de toutes manières qui regarde encore des films sur ce format… Cela avait des avantages et des inconvénients, parmi les avantages, un film pouvait sortir en salle aux USA, on était sûr de l’avoir en même temps voir parfois avant.
Si on l’avait en même temps, le film était très souvent filmé par un complice aux USA dans la salle et copié de cette manière, du coup parfois la personne bougeait un peu et le film aussi, et la qualité je vous laisse imaginer…
Si on avait l’extrême bonheur de pouvoir acheter un film avant même sa sortie en salle, il fallait accepter d’avoir les bandeaux en bas et en haut de l’image indiquant que cette copie provient de la boîte de production et est protégé par des lois fédérales. Ces films étaient vendus un peu partout dans des magasins dédiés ou sur des marchés de contrefaçons que l’on trouve un peu partout dans la ville, prix pour les étrangers 10 yuans (1€ à cette époque). Il a fallu s’en séparer au retour de Chine pour éviter d’avoir des problèmes avec les douanes 😏.

J’ai fait deux terminales au lycée français, et oui, cancre un jour, cancre toujours 🤓. Les lycées français à l’étranger en Asie ont tous 100% de réussite au bac général. Les copies sont corrigés en avance sur la France métropolitaine, entre les différents correcteurs de la zone Asie. Avec un système pareil, on peut imaginer que c’est facile de s’arranger 🤫. Pour ne pas risquer d’entacher la réputation de l’écoule et ses précieuses statistiques, qui permettent de justifier le prix exorbitant de l’enseignement, on m’a proposé en milieu de Terminale S, de repasser en 1ere ES, et de faire une Terminale ES et un bac ES l’année suivante, à l’époque j’ai dit oui, au moins j’ai pu profiter d’une année en plus là bas mais bon… c’est plutôt sympa les offres sur-mesures non ?
Les lycées français à l’étranger, c’est un peu le reflet d’une société sans mixité sociale. Les classes sont composées d’élèves dont les parents sont tous des CSP++, sauf les enfants de profs 🥲. Les classes sont rarement composée de plus de 20 élèves, les Lycée de Shanghai a la particularité d’être franco-allemand, cela lui permet de pouvoir financer son propre terrain de foot et sa piste de course de 400m, sa piscine chauffée et sa salle de théâtre/cinéma. Les équipements n’ont rien a envier à sa concurrente, l’école américaine, encore plus chère.
Je dois dire que je n’ai jamais apprécié ce manque de mixité, c’est même sûrement pour cela que j’ai refusé d’entrer dans une école post-bac type IESEG, où était tenez vous bien admis sans concours mais que sur dossier les élèves des lycées français à l’étranger, pareil pour science po on pouvait prétendre à un des campus de ScPO Paris en dehors de Paris puis finir à Paris pour son master. Pour les universités le premier choix était validé automatiquement, j’ai pour ma part souhaité aller à l’Université pour avoir une plus grande richesse humaine. Je voulais rencontré des gens que je n’aurais jamais rencontré si j’étais allé dans ces écoles pour enfant de riches. La reproduction sociale de l’élite, beurk.

La Chine au coeur de l’actualité du weekend

Les vols Air France suspendus pour deux semaines

Air France se voit punir par les autorités shanghaïennes pour avoir transporté des passagers positifs au coronavirus vers la Chine. La compagnie se voit interdite de vol entre Paris et Shanghai du 10 au 24 mai prochain. Ce n’est pas la première fois que les autorités chinoises sanctionnent la compagnie nationale, en effet, Air France a déjà été interdit de vol pendant une semaine du 23 au 29 novembre dernier.
Pour rappel les autorités chinoises condamnent à ce type de peines les compagnies aériennes si plus de 5 passagers sont positifs au covid lors de leur arrivée en Chine, et cela sur la totalité de leurs vols.
C’est à ma connaissance le seul pays à pratiquer ce genre de mesures, un comble quand on sait que le virus est originaire de Wuhan…

Le parti communiste chinoise retire un post se moquant de la situation en Inde

Le parti communiste a finalement retiré de Weibo le post qui se moquait de la situation terrible que subit l’Inde face à la recrudescence des cas de coronavirus dans le pays. Le montage photo (lien bbc) montre une fusée chinoise au décollage d’un coté et les crématoires indiens de l’autre, avec comme légende de l’image “Allumer un feu en Chine vs Allumer un feu en Inde”… Le post émane d’un compte officiel d’une agence du parti.

Démonstration de force en mer de Chine du Sud

La Chine envoie un porte-avions et sa flotte dans les mers du Sud pour un exercice militaire. À ce jour l’empire du milieu dispose de deux porte-avions dont celui déployé lors de cet exercice – le Shangdong – entré en service en 2019.

Les patrouilles de la flotte américaine dans la zone ont augmentés de 20% depuis l’élection du nouveau président américain. D’un côté les USA veulent montrer qu’ils ne laisseront pas la Chine conquérir de nouveaux territoires en mer du Sud, de l’autre la Chine semble bien décider à tenir tête aux USA dans cette zone composée de plusieurs iles et îlots disputés entre plusieurs pays, et également de Taiwan.

Ce n’est pas sans rappeler la situation politique de Hong Kong, la Chine a su mettre à profit la pandémie mondiale pour faire taire les manifestations pro-démocratie sur l’ancien territoire anglais, ainsi que pour prendre le contrôle politique et enfermer les opposants aux régimes sous couvert de sécurité nationale.
https://hongkongfp.com/2021/05/02/interview-hong-kong-is-a-city-lost-to-an-enemy-of-the-free-world-says-exiled-chinese-dissident-wuer-kaixi/

10 ans déjà, depuis mon retour de Chine

Incroyable mais vrai cela va faire cette année, 10 ans, que je suis rentré vivre en Europe. Je suis toujours rêveur de ces années passées dans l’empire du Milieu, je pense que 2009-2011 était finalement le meilleur moment pour vivre à Shanghai, la Chine s’est depuis renfermée sur elle-même.


Je me souviens arrivant là-bas, à Shanghai, à même pas 18 ans, en plein été, n’ayant jamais auparavant voyagé en Asie ! J’avais à l’époque fait le choix de suivre mon père, parti pour un nouvel emploi dans cette immense ville de 25 millions d’habitants et d’abandonner ma vie parisienne pour l’inconnu.
Avec le recul, c’était sûrement plus que ça, je devais chercher à oublier quelque chose, ou chercher le bonheur ailleurs. J’avais même abandonné ma copine de l’époque, Claire avec qui la relation à distance vous vous en doutez n’a pas fonctionné très longtemps. Encore aujourd’hui elle déteste la Chine et j’en suis désolé.

Le premier jour à Shanghai

Je me souviens très précisément de mon arrivée à Shanghai, après ces 10h30 de vol à bord d’un vol Air France, nous étions tous là, mon père, ma belle-mère et mes deux demi-frères. La première chose que l’on ressent en sortant de l’avion, c’est cette chaleur et cette moiteur ambiante, comme la plupart des passagers nous devions remplir ces petits bordereaux à en-tête jaunes pâle pour indiquer notre jour d’entrée et numéro de passeport, pour le remettre à la douane, papier qui nous servirait lors du départ également.
L’aéroport de Pudong est assez imposant, je me souviens du toit du terminal qui semble être percée de dizaines de grand piliers suspendu dans les airs, semblables à de grandes pailles blanches. Le passage de la douane est assez impressionnant, il y a une armée de guérites avec des policiers, et des dizaines de caméras scrutant nos faits et gestes. J’ai beau être excité par ce premier jour en Chine, j’avoue être un peu impressionné par ce déploiement de force. Au passage de la douane, on vous demande tout simplement de regarder une caméra qui vous identifie, déjà à l’époque, en reconnaissance faciale par rapport à votre passeport. Des caméras thermiques filment tous les passagers à la recherche d’un fiévreux qui pourrait représenter un risque.
Nous récupérons sans encombre nos bagages et sortons du terminal à la recherche de deux taxis afin de rejoindre notre maison à l’autre bout de la ville, proche du lycée français. La moiteur et les 38 degrés ambiant rendent tous les déplacements pénibles, je me souviens à ce moment là d’avoir repéré que les taxis étaient de vielles Santana des années 80, et de me dire que non il n’y aurait probablement pas la climatisation dedans…
Nous trouvons un taxi, notre adresse était préparé sur un morceau de papier, nous avions répétés à l’avance la prononciation de cette adresse mais rien n’y fait, le chauffeur ne comprend pas et ne sait pas lire le chinois 😮. Après un rapide entretient avec son collègue de l’autre taxi, ils finissent par comprendre l’adresse et nous prennent en charge, c’est dans ce genre de moment que l’ont prie qu’ils aient compris l’adresse correctement. Nous roulons alors à tombeaux ouverts, les fenêtres grandes ouverte sur l’autoroute qui mène vers la ville. Je me souviens que le compteur émet un son lorsque le taxi dépasse une certaine vitesse, cela n’a pas l’air de l’en inquiéter, tant pis. Nous tombons rapidement dans des embouteillages monstres, quand je dis monstres, il faut imaginer une autoroute à deux étages superposés, avec 6 voie de chaque côtés. Les voitures accélèrent comme des dingues à chaque fois qu’il y a un peu d’espace, le trajet est très inconfortable. Je me vois presque mourir de chaud ou d’asphyxie au milieu de ce traffic, c’est la première fois où je me suis dit – Mais qu’est ce que je fais là- 😬.
Après deux heures de traffic dense nous arrivons à l’entrée du campound, il faut comprendre ici une sorte de Gated Community avec des gardiens à l’entrée de cet ensemble de maisons. Les gardes ne nous connaissent pas et il faut négocier plusieurs minutes et montrer patte blanche pour pouvoir y entrer. Nous sommes la maison 63, plusieurs minutes d’un circuit routier tortueux dans la résidence pour enfin trouver notre maison. Nous y somme enfin après ce long périple.

Nous entrons dans cette belle maison, presque vide, étant donnée que nos meubles arriveront par porte-conteneur dans un mois environ. Cette maison est la plus grande dans laquelle je n’ai jamais vécu, à l’américaine avec de la climatisation dans toutes les pièces. On nous présente à notre Ayi, qui est en Chine souvent une femme de ménage mais dans ce cas précis notre bonne-à-tout-faire de la maison, elle dispose d’ailleurs d’une chambre près du garage. C’est à ce moment là que je réalise que j’y suis et qu’il n’y a pas de retour en arrière possible.

À suivre…